H O D O D
Une zone rurale en perte de vitesse
1. Des minorités qui cohabitent

Hodod, Nadis et Lelei sont peuplés majoritairement par des Hongrois alors que Giurtelec est le seul village roumain de la commune.
Les Hongrois sont donc majoritaires dans la commune. Ils ont la nationalité hongroise mais la citoyenneté roumaine, ce qui peut paraître compliqué mais qui ne leur pose pas de problème. Ils se sentent chez eux à Hodod. D'ailleurs, leurs familles sont installées dans la région depuis des générations. Ils ne manifestent aucun désir de partir en Hongrie. Au contraire, les jeunes ont envie de rester au pays mais le manque de travail les empêche de s'installer dans leur village natal.
Les Allemands ont presque disparu de la commune. A Hodod, il reste seulement trois ou quatre familles. Le mélange de nationalités ne semble pas poser de problèmes particuliers, si ce n'est avec les Tziganes.
Vingt-deux personnes se déclarent Rom lors du recensement de 2002 mais on observe qu'ils sont beaucoup plus nombreux. Les habitations des Tziganes se situent pour une partie, au bout du chemin où se trouve la police. On compte 11 bâtiments, petites maisons construites de bois et d'argile et couvertes de chaux. Elles abritent 13 familles. Les maisons sont très petites, le toit est bas et elles sont délabrées. On observe quelques petits jardins.
L'autre groupe de Tziganes habite dans d'anciennes maisons situées à la périphérie du quartier allemand. Plusieurs familles partagent les mêmes bâtiments. Le pasteur protestant dit qu'en 1987, il y avait 3 familles de Tziganes dans la commune. Maintenant, cette communauté compte environ 100 personnes. Les Tziganes ne sont pas véritablement intégrés à la population qui éprouve un rejet pour cette minorité qu'elle qualifie de fainéante et alcoolique.
A Hodod, Lelei et Nadis, c'est la religion protestante qui prédomine, alors qu'à Giurtelec c'est la religion orthodoxe. Ces deux religions cohabitent pacifiquement ainsi qu'avec les catholiques (actuellement 8 personnes dans la commune).

2. Une population en recul et vieillissante
Actuellement la densité de population sur la commune est faible puisqu'elle est de 39 habitants par km2 alors que la densité sur le territoire national est de 95 hbts/km2.

En 2002, la population de la commune est de 3 209 habitants, soit 6.5 % de moins qu'en 1992.
Le mouvement naturel de la population communale est négatif sur cette même période. En 1992, les décès représentent 15.45 ‰ des habitants contre 15.16 ‰ de naissances. Ainsi, le solde naturel n'était pas trop déséquilibré. En 2002, le nombre de décès a légèrement diminué, 14.02 ‰, mais le nombre de naissances a diminué plus rapidement, avec 10.91 ‰.
Ainsi, le déclin de la dynamique démographique (opposition entre le solde migratoire et le solde naturel) a commencé dès 1966, malgré la loi de 1967
qui interdisait les avortements et qui avait pour but de relancer la natalité. Fin 1989, la loi qui relibéralise les avortements a pour effet de faire chuter le nombre de naissances dans tout le pays, Hodod n'est pas épargné.
La population n'a pas seulement diminué à cause du solde naturel mais aussi suite au solde migratoire. Nous ne disposons pas de données précises quant aux départs, mais la quasi-totalité des familles allemandes qui habitaient encore à Hodod dans les années 1990-1992 sont aujourd'hui reparties vers l'Allemagne, profitant de la libéralisation du droit à l'émigration après la chute du régime communiste. Ce phénomène est renforcé par des départs définitifs de jeunes qui vont chercher du travail dans une autre région, voire dans un autre pays.
Huit ans après, nous pouvons penser que les personnes qui ont plus de 60 ans représentent environ 40 % de la population totale, ce qui montre bien que la population est vieillissante. De plus, nous observons que le nombre de jeunes de moins de 15 ans est de 14 %, alors qu'il est de 21 % pour la moyenne nationale.
3. Un recul de l'emploi
Les chiffres disponibles sont contradictoires quant au nombre de personnes actives. Cela tient sûrement au nombre important de personnes qui se disent agriculteurs et qui cultivent de petites parcelles de terrain vouées plus à l'autoconsommation qu'à une réelle exploitation pour la vente.
En 2001, la population active salariée représente encore une faible part dans le total des actifs. Les possibilités d'emploi dans la commune et aux alentours sont faibles.
L'activité dominante est l'agriculture. Une part importante de la population active non agricole travaille à l'extérieur de la commune. Si la part de la population communale qui travaille autre part en Roumanie reste stable, celle qui part travailler à l'étranger a été multipliée par cinq durant les dix dernières années. Les Hongrois partent travailler en Hongrie, Allemagne ou Autriche alors que les Roumains préfèrent l'Italie, le Portugal et l'Espagne. Les emplois occupés à l'étranger sont divers : ramassage de fruits et légumes, main d'œuvre dans des fermes, construction…Ces emplois sont temporaires, il semble que beaucoup partent pour une durée moyenne de 3 mois.
Les possibilités d'emplois diminuent au fil du temps. Depuis la chute du régime communiste, de nombreuses usines ont fermé. Dans la région se trouvaient de nombreuses mines qui n'ont plus d'activité aujourd'hui. Entre 1992 et 1997, 1,77 million d'emplois industriels ont disparu en Roumanie.
Le chômage en Roumanie prend la forme de l'aide sociale. A Hodod, 205 familles en bénéficient, soit 17.25 % des ménages de la commune. Les personnes qui perçoivent cette aide sont tenues de travailler 9 jours, soit 72 heures par mois pour la mairie. (Exemples de travaux réalisés : tranchées pour l'eau, défrichage…). Certains habitants trouvent que l'on demande trop peu de travail aux personnes qui reçoivent cette aide car pour un même salaire, certains travaillent 40 heures par semaine, ce qui attise les tensions entre les habitants et les personnes qui reçoivent cette aide sociale (dont les Tziganes).


4. Un faible niveau de vie
Les salaires sont bas, et l'inflation est galopante : pour l'année 2003 il est prévu 20% d'inflation. Ainsi, le pouvoir d'achat est réduit au strict nécessaire. Alors, beaucoup de personnes
qui travaillent ou sont à la retraite exercent des activités de complément. Parmi celles-ci : confection de couronnes funéraires, travaux de menuiserie, distillerie, apiculture. Tous s'accordent pour dire que tant qu'ils sont en bonne santé, ils peuvent cultiver leur jardin et assurer leurs principaux besoins.
Une autre activité semble avoir pris un essor assez important dans la région : les personnes qui possèdent un véhicule, majoritairement des Hongrois, achètent une vignette qui leur permet de circuler avec un véhicule roumain en Hongrie pendant un mois. Durant ce temps, ils exercent une activité de taxi. C'est à dire que les chauffeurs vont chercher à leur domicile des personnes qui ont besoin de séjourner en Hongrie, et effectuent le voyage retour avec des personnes qui en reviennent. C'est une activité illégale mais lucrative.
5. Une administration qui a peu de moyens
La mairie est située dans le manoir Wesselenyi. Sous le régime communiste, de nombreux édifices ont été réquisitionnés pour servir à la collectivité.
La mairie a ainsi été installée dans ce manoir. Lors de la décollectivisation, le bâtiment a été restitué aux héritiers de son ancien propriétaire, mais a gardé sa fonction précédente. Depuis peu, les bâtiments ont été mis en vente. A terme, la mairie sera donc obligée de déménager. Actuellement, un bâtiment a été racheté par la municipalité : l'ancien magasin collectif qui se trouve près de l'école maternelle de Hodod. Mais son mauvais état nécessite une rénovation importante avant qu'il puisse être utilisé. De plus, il faudra l'aménager avec un mobilier adéquat car celui de l'actuelle mairie est obsolète.
Les taxes représentent seulement 30 % du budget local, du fait du peu d'activités présentes dans la commune.
La mairie dispose d'un agent d'entretien, mais il est plutôt affecté à des tâches qui concernent la mairie. Par contre, les 205 familles qui perçoivent l'aide sociale (le chômage) sont redevables chacune de 72 heures de travail par mois au bénéfice de la mairie. Ainsi, ces personnes sont employées pour des tâches telles que défricher, creuser des tranchées…
6. Des lieux de recours éloignés
Le pôle le plus important du secteur est Satu Mare, la préfecture, dont la population a diminué d'environ 2% entre 1992 et 2002. Au départ de Hodod,
il faut environ 1 h 15 pour accéder à Satu Mare : entre Hodod et Supurus de Jos, la route est de qualité médiocre (environ 60 km/h), entre Supurus de Jos et Satu Mare, elle est de bonne qualité. C'est une route européenne qui a été rénovée grâce à des fonds européens.
La position géographique de Hodod fait qu'elle est naturellement tournée vers le judet voisin de Salaj. La petite ville la plus proche est celle de Cehu Silvaniei qui
compte 12 000 habitants et où se trouvent des commerces un peu plus importants, ainsi qu'un lycée. Il existait une ligne ferroviaire mais la gare est maintenant fermée.
Les villes plus importantes que sont Zalau et Baia Mare sont desservies par des routes de mauvaise qualité, ce qui ne facilite pas leur accès. Pourtant, les habitants de Hodod ont besoin de s'y rendre régulièrement. A Zalau, se trouve par exemple le dermatologue le plus proche et la gare routière qui assure des départs vers les grandes villes du pays. C'est à Baia Mare que KULCSAR Elisabeth s'approvisionne pour ses commerces que sont le bar et le « magazin ».